Le profiteur est plus qu’un opportuniste car, si ce dernier s’arrange pour être invité à toutes les tables, le premier s’y invite simplement. Il débarque toujours à l’heure du repas, les mains vides en vous lançant : « Tiens ?! Toi non plus tu n’as pas mangé ? » Il ne se contentera pas d’attendre que vous l’invitiez ; il ne partira pas non plus ; il s’installera tout prêt de vous et vous demandera s’il peut piocher dans votre assiette. Il n’aura jamais le moindre présent à vous faire, mais sera souvent présent afin de vous soutirer. Vous lui offrez une fois, deux fois, dix fois, mais toujours rien, le profiteur conserve ses ressources pour les employer là où elles lui rapporteront.
Dans tout ce qu’il fait, le profiteur verra le geste qu’il vous a adressé, la faveur qu’il vous accorde, lui ouvrant droit à une reconnaissance éternelle. Pensez à son anniversaire, faîtes-lui un cadeau, il se dira que vous le lui offrez pour sa valeur, mais n’aura que faire de vous rendre un jour cet honneur. Son but : récolter un maximum pour un minimum de dépenses. Son idéal c’est le RMI, parce qu’il en retire de l’argent sans verser une goutte de sueur. Il a le temps de travailler, s’il le voulait, il serait déjà milliardaire, mais à quoi bon ? Tous ces cons qui travaillent n’ont rien compris à la vie puisqu’il s’agit de profiter de tout, alors pourquoi ne pas profiter du système ?
Voici la journée d’un profiteur :
11H00 : Réveil. Long tirage de flegme dans le lit, accompagné d’une clope.
13H00 : Allumage de la télé, préparation d’un café limite buvable, dans le filtre de la veille. Puis il cuisine un repas frugal composé de ce qui a été abandonné dans son frigo par une visite précédente.
15H00 : Le repas a été léger mais qu’importe, il se rattrapera ce soir. C’est le moment de se lobotomiser devant l’écran, grâce à des programmes si inintéressants mais si absorbants que la journée passe sans peine.
17H00 : Il est temps de se mettre en route pour une tournée des amis, en commençant par celui qui aura le plus de chances de l’inviter à dîner.
17H30 : Il se présente chez un premier ôte qui lui offre l’apéritif. Il se renseigne sur ses prévisions, évoquant le repas qu’il ne sait encore où prendre. Si son ôte se met à la cuisine, il persévère dans l’intention de se faire inviter, puis parle de la soirée qu’il doit passer en compagnie d’un tel.
19H00 : Il a réussit, se met à table. Il englouti le repas en vous demandant si vous n’auriez pas un peu de vin pour accompagner et mettre en valeur ce bouquet culinaire.
20H00 : Sortie de table. Le profiteur vous annonce qu’il poursuit ses projets et que vous êtes la bienvenue si vous voulez prendre un verre. Il ne vous propose pas directement de le suivre, ce serait s’exposer à vous inviter.
21H00 : Vous êtes prêt à rejoindre le profiteur qui s’est fait payer un verre. Il trinque avec vous et ne refuse aucune tournée en précisant qu’il ne pourra pas en faire de même.
0H00 : Départ en boite pour finir la nuit. Monsieur le profiteur entre gratuitement mais pas vous. Vous lui offrez à boire.
2H00 : Le profiteur décrète qu’il est temps de partir. Il vous entraîne vers l’extérieur en affirmant que l’essentiel c’est de partir sans payer.
3H00 : Complètement bourré, vous le ramenez. Il ne décolle de la voiture que trois quarts d’heure plus tard, après que vous l’en ayez longtemps invectivé. Vous repartez sans un merci, et le lendemain, plutôt que de s’excuser, il prétendra ne se souvenir de rien.
En conclusion le profiteur profite des moyens des autres et vous présentera toujours comme une fleur un arrangement équitablement profitable. C’est un excentrique radin et opportuniste qui n’a jamais rien à offrir mais toujours quelque chose à demander.